Interview croisée de Zoé Delhaye et Maxime Bernus.

Jeunes et élus en octobre 2018:
Ce qu’ils pensent de la politique.

 

L’une est échevine à la commune de Chièvres, l’autre siège dans l’opposition au collège communal de la ville de Lessines.
Âgés respectivement de 25 et 20 ans, Zoé Delhaye et Maxime Bernus en sont tous deux à leur premier mandat. Ils ont une vision assez différente des jeunes et de la fracture qui existe entre ces derniers et la politique, mais ont chacun ressenti le besoin de s’engager dans la politique locale de leur ville.
Rencontre avec deux jeunes qui rêvent de faire bouger les choses.

Avant de vous présenter en politique, qu’est-ce que cela signifiait pour vous ?

Zoé : La politique, c’était et ça reste pour moi un moyen d’être actif pour son pays, sa région, sa province, sa commune, de trouver des solutions à des problèmes, d’être à l’écoute des citoyens. C’est avant tout un moyen d’agir et d’aller de l’avant dans sa nation. Après, j’ai toujours aimé être informée de ce qu’il se passait dans ma ville, via par exemple la politique locale.

 

Maxime : Pour ma part, cela ne signifiait pas grand-chose. Je regardais vite fait à la télévision, mais cela ne m’intéressait pas plus que ça. Je voyais cela avec beaucoup de distance et d’un œil trés extérieur. Je pense aussi que c’est parce que l’information qui est diffusée à la télévision ne s’adresse pas forcément à notre tranche d’âge. C’est souvent par et pour les adultes. Il y a aussi beaucoup de choses pour les tout-petits, mais pour ce qui est de la tranche 18-25 ans, je trouve qu’il manque quelque chose et c’est peut- être pour cela que la politique n’attire pas.

Penses-tu aussi, Zoé, que l’information n’est pas adaptée aux jeunes ?

Zoé : On trouve pourtant de l’information perceptible partout sur la politique : à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, sur les réseaux sociaux, etc. Il suffit d’être un peu curieux et on a l’information au bout du clic. Maintenant, il est clair que les moyens dont disposent les communes ne sont pas équivalents à ceux du fédéral. Dans les sections locales, on travaille souvent avec des bénévoles et cela prend du temps pour communiquer correctement.

 

 

Pourtant, ça ne vous a pas empêchés de vous engager en politique…

Maxime : J’avoue que, pour moi, ça a été un peu une coïncidence. Je connaissais très bien la tête de liste du groupe. Elle m’a demandé si je pouvais les aider pour la communication sur les réseaux sociaux. J’ai été d’abord intrigué par la tâche et aussi parce que c’était une nouvelle liste qui se présentait et se formait dans la ville. J’ai donc assisté à une première réunion, j’ai pris des notes et à la fin de celle-ci, la tête de liste est revenue vers moi, me demandant s’il y avait potentiellement quelque chose de chouette à réaliser. C’est là que j’ai eu le déclic. En écoutant le débat, j’avais eu plusieurs fois envie d’y prendre part, de partager mes idées. Je me suis rendu compte qu’agir dans l’ombre, en faisant la communication et restant en quelque sorte passif, ne me convenait pas. C’est à ce moment-là que je lui ai demandé si je pouvais rejoindre la liste. J’étais motivé, surtout pour faire en sorte que les jeunes se sentent impliqués. Je me sens un peu messager des jeunes de ma ville. Ce que j’aime, c’est qu’on est une liste de 25 personnes assez éclectiques.


Zoé 
: J’avais moi aussi envie de prendre une part active dans ma ville, de faire bouger les choses. C’est tout naturellement que j’ai rejoint un groupe. Il y avait dans ce groupe beaucoup de personnes que je connaissais et c’est ce qui m’a plu. On est arrivés les uns après les autres pour compléter cette liste et on forme un vrai groupe d’amis. Ce sont à la fois nos différences et nos points communs qui nous ont réunis pour notre ville de Chièvres.

 

Et vous avez tous les deux été élus !

Zoé : Oui, je suis actuellement échevine avec dans mes attributions les finances, le budget, la jeunesse, le 3e âge, le sport, le commerce, le marché dominical et l’emploi. Un vrai challenge !

Maxime : Oui, notre groupe a eu 5 sièges. Évidemment, comme tout fonctionnement politique, il y a eu des alliances, on se retrouve donc dans l’opposition. Mais ça prouve une volonté de la ville de changer et d’aller vers un groupe qui n’existait pas du tout avant les élections. Et c’est effectivement une fierté de me dire, qu’à 19 ans, j’ai été élu, sachant que je votais et que je me présentais pour la première fois de ma vie

 

Depuis les élections, comment évaluez-vous votre parcours ?

Maxime : J’ai eu des craintes, je ne vais pas le cacher. Même si j’ai été élu à l’échelle locale, cela reste des responsabilités. Je me rassure en me disant que, si j’ai besoin de conseils, je sais que je peux compter sur les personnes de mon groupe. La première année s’est trés bien déroulée. Elle a été intensive, mais trés libre. J’entends par là que mon groupe m’a beaucoup soutenu et a été trés compréhensif sur le fait que, parfois, je ne pouvais pas être présent, comme en période de blocus par exemple. Pour cela, il y a une super communication en interne. De plus, avant chaque conseil, on a des réunions de préparation où l’on m’a appris à analyser un dossier, à formuler mes questions, etc.

Zoé : C’est toujours difficile de s’évaluer. Nous avons fait, je crois, un bon travail d’équipe jusqu’à présent ! La politique est une formation continue, un vrai travail intensif, pour lequel vous donnez le meilleur de vous-même. Être échevin et avoir différentes attributions ne s’apprend pas du jour au lendemain. Comme le disait Maxime, il faut s’informer au niveau des législations, des différents services, des membres de notre parti qui ont peut-être plus de connaissances sur le sujet. Cela prend du temps, certes, mais je pense que je n’ai pas trop mal géré ma première année de mandat.

 

Est-ce que vous avez été soutenus par vos proches ?
Vous ont-ils vus différemment suite à votre candidature et votre élection ?

Zoé : J’ai toujours eu le soutien de ma famille et de mes proches, qu’importe l’activité que j’entreprenais. Ils m’ont aussi beaucoup soutenue durant la campagne et encore maintenant. On ne s’en rend pas toujours compte, mais heureusement qu’ils étaient là. Mon compagnon aussi m’a été d’une bonne aide, surtout que s’investir en politique, c’est donner de son temps, et c’est parfois au sacrifice du temps que l’on pourrait passer ensemble. Mais ils voient tous que je suis épanouie, donc ils sont heureux pour moi.

 

Maxime : Je n’ai moi non plus aucun retour négatif, que ce soit de ma famille ou de mes amis. Je dois dire aussi que j’ai eu la chance d’avoir une éducation assez ouverte, mes parents m’ont toujours laissé penser ce que je voulais et toujours tout expliqué en toute transparence. Quand j’ai vu la réaction de mes proches, je me suis senti encore plus motivé.

 


Avez-vous l’impression d’être à votre place ?
Ou avez-vous le sentiment d’être un imposteur
?

Maxime : J’ai eu une remise en question à cause du peu de temps que j’y ai consacré dernièrement. Mais je me suis dit : « Non, allez Maxime, tu as été élu, tu es un citoyen, tu représentes les citoyens ». C’est aussi la base de la démocratie, le peuple au pouvoir. Je pense quand même que mon manque d’expérience s’est fait un peu ressentir. J’ai sûrement un manque de compétences au niveau juridique ou autre, mais grâce aux compétences de toutes les personnes de notre liste, je n’ai jamais eu l’impression de ne pas avoir été suffisamment préparé, ni de ne pas être à ma place.

Zoé : Je pense qu’il faut savoir prendre en considération ses points forts comme ses faiblesses. Quand on est jeune, on a soif d’apprendre et on a la chance de pouvoir apprendre des personnes qui nous entourent, que ce soit de son parti ou de l’administration. Pour ça, je l’avoue, j’ai eu de la chance, tout le monde a été bienveillant. Après, ne pas savoir n’est pas une faiblesse. On en apprend tous les jours et on apprend aussi de nos erreurs. Je me sens à ma place parce que j’ai montré que je méritais ma place. J’ai su faire preuve d’écoute et de patience. Je pense que j’étais aussi bien formée par mes études en gestion. Cela m’a surtout aidée pour les finances et le budget. Et je pense que je serai encore plus à ma place dans 5 ans. J’apprends petit à petit, c’est une formation continue, il ne faut pas l’oublier.

 

Infor Jeunes Ath a mené une enquête dans la région pour savoir à quelle distance se situaient les jeunes par rapport à la politique et quelles en étaient les raisons. Le résultat donne une distance de plus de 7/10 (voir notre article sur le sujet). Comment expliquez-vous cette fracture entre la politique et les jeunes ?

Zoé : C’est effrayant. Ça fait peur parce que la jeunesse, c’est nous, c’est l’avenir. Je pense qu’il faut à nouveau inviter les jeunes au débat, leur laisser la parole et les écouter. Intégrer les jeunes dans le processus de décision les motivera peut-être à devenir acteurs.

 

Maxime : C’est assez négatif, mais je ne suis pas étonné non plus. Et comme je le disais, rien n’est mis en place pour attirer les jeunes et je pense que tant que cela restera comme ça, la situation ne changera pas. Je pense que si on rendait la politique un peu plus ludique, pourquoi pas aussi plus pédagogique, les jeunes se sentiraient plus attirés. Il ne faut pas non plus tomber dans la caricature ou le discours trop enfantin. Il faut un juste milieu. Mais tant qu’on n’ira pas vers eux, ils ne se sentiront pas concernés. Et si on continue à utiliser des gens de 40 ou 50 ans pour leur parler, la distance restera. Utilisons les jeunes pour parler aux jeunes. C’est pour moi ce qui manque.

 

Auteure : Laura Dumont

 

une fracture entre les jeunes et la politique ?

Infor Jeunes Ath a réalisé un sondage auprés de 265 jeunes de 16-23ans pour évaluer leur distance à la politique. 

L'engagement des jeunes 2.0

Pouvons-nous dire que les jeunes ont complètement déserté la sphére politique ?

Qu’ils ont perdu tout intérêt pour elle ?

Certaines études se sont penchées sur la question, voilà ce qui en ressort.